Le nord du Togo vit sous tension permanente. Depuis le début de l’année, la région est secouée par une série d’attaques attribuées au Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM), affilié à Al-Qaïda. Quinze incursions armées, officiellement reconnues par le ministre des Affaires étrangères, Robert Dussey, ont déjà endeuillé le pays, faisant des dizaines de victimes parmi les civils et les forces de défense.
Pour Robert Dussey, cette menace « descend inexorablement du Sahel vers les pays côtiers du Golfe de Guinée ». Une dynamique que connaissent aussi le Bénin et la Côte d’Ivoire, et qui inquiète jusqu’au Ghana, encore épargné mais vigilant.
L’analyste politique Gilles Yabi, fondateur du cercle de réflexion citoyen Wathi, rappelle que ce n’est pas la première fois que Lomé reconnaît la gravité de la situation. Selon lui, aucun pays de la région ne peut affronter seul un ennemi mobile, transfrontalier, qui exploite les failles sécuritaires et les fragilités économiques des zones frontalières.
Depuis plusieurs années, les groupes armés issus du Sahel étendent leur influence vers le sud, menant embuscades, attaques-éclairs contre des postes militaires, enlèvements de civils et opérations d’intimidation. Leurs objectifs : affaiblir la présence de l’État et instaurer une économie parallèle fondée sur la peur et les trafics.
Face à cette menace, la réponse ne peut être strictement militaire. Les zones frontalières, souvent marginalisées, nécessitent une action conjointe en matière d’éducation, de santé, d’infrastructures et d’emplois pour priver les groupes armés de leurs relais locaux. Pour Lomé, la bataille du nord est autant un défi sécuritaire qu’un test de cohésion nationale.
La lutte contre le terrorisme ne se gagnera pas aux seules frontières. Elle se jouera aussi dans la capacité du Togo et de ses voisins à unir leurs forces et à redonner confiance aux populations vivant aux avant-postes de la menace.
