Le dernier rapport de l’Indice mondial du terrorisme 2025 est sans appel : pour la deuxième année consécutive, le Burkina Faso est le pays le plus touché au monde par les violences terroristes. Une situation dramatique qui place le Sahel au centre d’une crise sécuritaire sans précédent.
Un bilan alarmant malgré moins d’attaques
Entre 2023 et 2024, le Burkina Faso a enregistré une baisse de 17 % des attaques terroristes. Un chiffre qui pourrait laisser espérer une amélioration… mais la réalité est tout autre : le nombre de morts a bondi de 68 %, révélant une brutalité accrue des attaques. En août 2024, un massacre à grande échelle a coûté la vie à 200 civils dans une seule commune, orchestré par le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM), affilié à Al-Qaïda. Ce groupe, devenu l’un des plus meurtriers de la planète, a intensifié ses actions au Burkina Faso de plus de 50 % en un an.
Le Sahel s’enfonce dans l’ombre
Le Burkina Faso n’est pas seul. Le Mali, le Niger, le Nigeria, la Somalie et le Cameroun complètent le triste tableau des pays africains les plus durement frappés. Au Niger, le terrorisme a fait 930 morts en 2024, soit quasiment le double de l’année précédente. Près de 500 de ces victimes étaient des soldats. La pire attaque de l’année s’est produite à Tahoua, où 237 militaires nigériens ont été tués par environ 300 terroristes, dans ce qui est aujourd’hui considéré comme l’attaque la plus meurtrière du monde en 2024.
Des promesses militaires sans résultats
Les transitions militaires au Burkina, au Mali et au Niger avaient été justifiées par la nécessité de « mieux lutter contre le terrorisme ». Mais les faits démontrent l’échec de cette promesse. Depuis leur arrivée au pouvoir, la situation sécuritaire ne s’est pas stabilisée. Elle s’est aggravée. Le Burkina Faso, par exemple, est passé de la 6e position en 2020 à la première en 2024, après deux coups d’État en moins d’un an. L’instabilité politique et le repli stratégique des armées dans certaines zones ont laissé des régions entières aux mains des groupes terroristes.
GSIM : un ennemi structuré et enraciné
Le GSIM, actif dans plusieurs pays du Sahel, a mené 146 attaques en 2024, causant 1 454 morts, un record depuis sa création en 2017. Son « succès » repose sur une stratégie bien rodée : exploiter les failles de gouvernance, les frontières poreuses, et s’implanter dans les communautés locales. Le groupe évite souvent les confrontations directes avec les armées, préférant frapper par surprise, dans des zones difficiles d’accès, affaiblissant l’État là où il est déjà fragile.
La solution est aussi sociale
Kabir Adamu, expert nigérian en sécurité, rappelle que la guerre contre le terrorisme ne se gagnera pas uniquement avec des armes. Pour lui, les causes profondes sont sociales et économiques. « Tant que la pauvreté et le désespoir domineront certaines régions, les groupes terroristes continueront de recruter sans difficulté », affirme-t-il. C’est pourquoi le développement local, l’accès à l’éducation et à l’emploi sont désormais perçus comme des leviers indispensables dans la lutte contre l’extrémisme. Le Sahel est aujourd’hui le théâtre d’une guerre asymétrique, silencieuse mais sanglante. Si le monde détourne le regard, cette crise risque de s’étendre au-delà des frontières régionales. Le combat contre le terrorisme ne se joue pas seulement sur les champs de bataille. Il se joue dans les écoles, dans les villages, dans les institutions. Et surtout, dans la capacité des États à répondre aux besoins de leurs citoyens.
