C’est depuis la capitale togolaise que souffle un nouvel appel à la souveraineté stratégique de l’Afrique. Réunis, il y a quelques semaines, dans le cadre de la Troisième Conférence ministérielle de l’Alliance Politique Africaine (APA), les représentants de plusieurs États africains ont affiché une position claire : l’Afrique ne peut espérer paix, stabilité et prospérité sans une maîtrise souveraine de ses systèmes de défense et de sécurité.
Sous le haut patronage du Président Faure Essozimna Gnassingbé, cette rencontre s’est tenue autour du thème « Place de l’Afrique dans un monde en mutation : enjeux d’un repositionnement stratégique et diplomatique ». Au cœur des échanges, la nécessité pour le continent de rompre avec les dépendances historiques et de poser les jalons d’une autonomie stratégique durable.
Vers une défense collective continentale
La Déclaration finale, adoptée par les ministres présents, fait de la mise en œuvre complète et rénovée de l’Architecture africaine de paix et de sécurité (APSA) un impératif absolu. Objectif : créer les conditions d’un mécanisme de défense collective africain, adapté aux menaces contemporaines, des conflits asymétriques aux cyberattaques, en passant par les crises transfrontalières et maritimes.
« Une Afrique forte, c’est une Afrique capable de garantir elle-même sa sécurité, sur la base de ses priorités, de ses contextes et de ses choix stratégiques », a rappelé le Professeur Robert Dussey, chef de la diplomatie togolaise, sur ses réseaux sociaux.
Les ministres ont également exhorté les États membres à accélérer la ratification et la mise en œuvre de la Charte de Lomé sur la sécurité maritime, soulignant le caractère stratégique des espaces maritimes africains face à la montée des actes de piraterie, de trafics illicites et d’ingérences extérieures.
Une industrie de défense africaine, priorité géopolitique
L’un des messages les plus forts portés à Lomé est l’appel au développement d’une industrie africaine de l’armement, fondée sur les technologies endogènes. L’objectif : briser les chaînes de dépendance extérieure en matière d’équipements, de munitions et de systèmes de surveillance, pour renforcer la résilience du continent face aux chocs exogènes et aux conflits prolongés.
La Conférence souligne aussi l’urgence de financements autonomes, qu’il s’agisse des armées nationales ou des mécanismes de sécurité continentaux. Ce financement endogène est perçu comme le socle d’une souveraineté réelle, à l’abri des conditionnalités et agendas imposés par des partenaires extérieurs.
Sécurité élargie : une approche holistique exigée
Les participants ont insisté sur l’importance d’adopter une approche holistique de la sécurité, prenant en compte non seulement les facteurs militaires, mais aussi les dimensions économiques, sociales, énergétiques, informationnelles et de gouvernance.
Dans un monde où les rapports de force se redessinent – notamment avec la montée en puissance des BRICS – l’Afrique est appelée à se repositionner. La Conférence de Lomé s’inscrit ainsi dans une logique de réforme de l’ordre mondial, réclamant une représentation plus équitable de l’Afrique au sein des grandes institutions multilatérales, à commencer par le Conseil de sécurité de l’ONU.
Une nouvelle doctrine africaine en gestation
En conclusion, la Déclaration finale invite l’Union africaine à réviser en profondeur sa doctrine de défense et de sécurité, pour en faire un outil moderne de projection stratégique, de prévention des conflits et de consolidation de la paix.
Ce rendez-vous de Lomé, qui fait suite à ceux de 2023 et 2024 à Lomé et Bamako, marque ainsi une étape décisive dans la construction d’un agenda africain de puissance, lucide et assumé.
