Il est à plus de 4 000 kilomètres de Lomé, mais sa voix résonne chaque jour dans les quartiers populaires du Togo. Konou Dotse Emefa, alias Roméo Mokonzi, est aujourd’hui l’un des moteurs d’une contestation qui gagne du terrain, malgré les barrières, malgré l’exil.

Depuis la France, où il en exil depuis 2022, Roméo Mokonzi a trouvé un nouveau champ de bataille : TikTok. C’est là, en compagnie d’autres figures de la diaspora, qu’il a donné vie au M66, un mouvement citoyen qui bouleverse les codes habituels de la lutte politique au Togo. Aucun parti derrière eux. Pas de leader classique. Juste des voix, des visages, et surtout une audience massive.
Avant d’être un militant, Roméo était un communicateur. En 2020 déjà, il avait fait parler de lui en dénonçant, via les réseaux sociaux, la misère sociale, les abus du régime de Faure Gnassingbé et l’injustice institutionnalisée. Ses critiques étaient frontales, sans filtres. À l’époque, cela lui avait coûté cher. Menacé, traqué, il s’éclipse. Mais pas pour fuir : pour mieux riposter.

Aujourd’hui, sa détermination n’a pas faibli. Bien au contraire. En quelques semaines, les directs de Roméo Mokonzi sont devenus viraux. Il ne se contente pas de commenter l’actualité : il l’oriente. Il appelle à la mobilisation, interpelle les consciences, et incarne une colère que beaucoup au pays n’osaient plus exprimer.
Aux côtés de Zaga Bambo, Kodjovi Toguin, Togbevi Kpessé et d’autres figures du M66, il demande des comptes : sur la vie chère, sur la gouvernance autoritaire, sur les 20 années de règne de Faure Gnassingbé. Et surtout, il exige un changement réel. Pas un ajustement. Un départ.
Le M66 n’est pas structuré comme un mouvement politique classique. Mais sa puissance est là : dans la sincérité de ses voix, dans la jeunesse de ses soutiens, dans l’énergie brute d’une génération qui refuse de baisser la tête.
Et dans ce bouillonnement, Roméo Mokonzi est devenu bien plus qu’un simple activiste numérique. Il est un repère. Un symbole. Le visage d’une diaspora engagée, et d’un Togo qui veut tourner la page.
Mais cet engagement a un prix. Roméo Mokonzi et ses compagnons du M66 font l’objet de vives menaces. Dans l’ombre, des proches du pouvoir multiplient les intimidations, allant jusqu’à mettre leur tête à prix. À Lomé, leurs familles ne sont pas épargnées : surveillées, harcelées, parfois inquiétées par les services de sécurité. Une pression constante, à la hauteur de l’impact grandissant du mouvement.
