Depuis le début des manifestations à Lomé le 6 juin 2025, le Togo vit à nouveau des heures sombres. En quelques semaines, les violences se sont multipliées, notamment lors des journées du 27, 28 et 29 juin, laissant derrière elles un lourd bilan : plusieurs morts, des dizaines de blessés, de nombreuses interpellations, et plus préoccupant encore, des cas d’enlèvements dont les victimes sont toujours portées disparues.
Cette situation, dénoncée par plusieurs acteurs politiques et organisations de défense des droits humains, rappelle des épisodes douloureux du passé récent. En 2017, lors de la grande mobilisation citoyenne initiée par le Parti National Panafricain (PNP) de Tikpi Salifou Atchadam, la répression avait été violente, prolongée, et parfois silencieuse. Elle s’était poursuivie jusqu’en 2023, marquée par des vagues d’arrestations, d’enlèvements et d’exils forcés.
Une constante : la répression comme réponse
Le mode opératoire semble inchangé. Lorsqu’une partie de la population exprime son mécontentement dans la rue, la réponse des autorités se traduit invariablement par la force : unités antiémeutes, arrestations ciblées, disparitions inexpliquées. Le tout dans un climat de peur où la ligne entre sécurité et abus se brouille dangereusement.
En 2022, plusieurs militants avaient été enlevés. Leurs familles étaient restées sans nouvelles pendant des semaines, vivant dans l’angoisse, sans recours. Certains, comme Gado Latif, aujourd’hui exilé au Canada, ou Nassirou Mousbao en France, ou encore Sadate Nafiou en Belgique, ont pu fuir le pays. Tous étaient proches du PNP, formation politique dont le leader, Tikpi Atchadam, est lui-même en exil dans un pays non identifié jusqu’à présent.
Les populations en première ligne
Ces pratiques ne sont pas sans conséquences. C’est la population civile qui paie le plus lourd tribut : jeunes fauchés, familles dévastées, citoyens traumatisés. La répétition de ces épisodes laisse craindre une banalisation de la violence d’État, et une perte de confiance croissante entre l’autorité et le citoyen.
Alors que les plaies des années précédentes ne sont pas encore refermées, les événements de juin 2025 viennent les rouvrir brutalement. Et au-delà de l’indignation, c’est la question du modèle sécuritaire togolais qui est posée : le maintien de l’ordre peut-il encore se faire sans dialogue, sans justice, sans respect des droits fondamentaux ?
Un appel au professionnalisme et à l’humanisme
Dans ce climat tendu, il est plus que jamais nécessaire de rappeler aux forces de défense et de sécurité leur rôle républicain, et non partisan. Leur mission est de protéger les citoyens, et non de les oppresser. Il est aussi temps pour les autorités de montrer un autre visage : celui de la justice, de l’écoute et de la responsabilité.
Le Togo a besoin d’un retour à la raison. D’un sursaut éthique. D’une sécurité qui protège, pas qui persécute. Car derrière chaque disparition, chaque exil, c’est un morceau de la nation qui s’effrite.
