Face à la montée des menaces transfrontalières, (trafic de drogues, traite humaine, terrorisme) plusieurs pays africains se tournent vers des solutions technologiques de pointe pour renforcer la sécurité à leurs frontières. L’intelligence artificielle (IA), combinée à l’usage de drones et de la reconnaissance faciale, s’impose progressivement comme un levier stratégique incontournable dans la gestion moderne des frontières sur le continent.
L’IA, nouvel allié des agents frontaliers
L’Afrique du Sud, le Kenya, l’Éthiopie, le Soudan et la Tunisie font partie des États qui ont récemment intensifié l’usage des technologies numériques pour surveiller leurs frontières. Parmi ces outils, l’intelligence artificielle permet d’analyser les flux de données recueillies par les drones, les capteurs et les caméras infrarouges afin de détecter des schémas d’activités suspectes. Michael Masiapato, commissaire sud-africain à la sécurité des frontières, souligne à ce propos : « La question de l’intelligence artificielle devient tout à fait fondamentale, en particulier en ce qui concerne la gestion des risques et l’amélioration de l’efficacité de la gestion des frontières. »
L’Afrique du Sud, par exemple, a récemment acquis des drones quadrirotors équipés de caméras infrarouges et de télémètres laser capables de détecter des tentatives de franchissement illégal, même dans l’obscurité. Ces drones peuvent opérer de jour comme de nuit, offrant ainsi une surveillance continue sur les points critiques.
Le cas du Kenya : vers une sécurité fondée sur les données
Le Kenya apparaît comme l’un des pays pionniers dans l’intégration de l’intelligence artificielle à ses politiques de sécurité frontalière. Selon Kithure Kindiki, actuel vice-président et ancien secrétaire du cabinet à l’Intérieur, l’avenir de la sécurité passe nécessairement par la maîtrise des données.
« Si vous avez les données, vous pourrez sécuriser votre territoire. Si vous n’avez pas les données, le matériel et les ressources humaines que vous déploierez n’auront pas d’importance », a-t-il affirmé lors d’une réunion régionale sur la sécurité des frontières en 2024.
Le pays a expérimenté les capacités de l’IA dans un contexte de crise en 2019, après l’attentat terroriste du groupe Al Chebab contre l’hôtel DusitD2 à Nairobi. Grâce à des technologies d’analyse des communications et des réseaux sociaux, les autorités ont pu localiser les agents du groupe et anticiper leurs prochaines actions, évitant ainsi de nouveaux drames.
Vers une coopération régionale renforcée
Outre la surveillance en temps réel, l’IA offre également la possibilité de mutualiser les données recueillies aux frontières entre les pays africains. Le Panel de haut niveau sur les technologies émergentes (APET) de l’Union africaine encourage la création de plateformes partagées pour analyser, stocker et échanger des images et des informations collectées sur le terrain.
« Cette capacité technologique peut aider les pays africains à mieux gérer leurs frontières contre les crimes potentiels », écrivaient les experts de l’APET en 2021. « L’adoption de ces mesures peut aussi assurer la paix et la stabilité sur le continent africain. »
La reconnaissance faciale, en particulier à la frontière entre le Kenya et la Somalie, est un exemple parlant : elle permet d’identifier des individus recherchés que des analystes humains ne repéreraient pas nécessairement.
À l’heure où la sécurité des frontières devient un enjeu de souveraineté vitale pour les États africains, l’intelligence artificielle apparaît comme une ressource stratégique. Si elle ne remplace pas l’humain, elle lui offre des outils plus précis, plus rapides et plus complets pour faire face à la complexité des menaces modernes.
L’essor de l’IA en Afrique dans le domaine de la sécurité frontalière illustre une prise de conscience : pour protéger efficacement leurs territoires, les États doivent désormais conjuguer vigilance humaine et puissance algorithmique.
