L’usage croissant des drones par les groupes terroristes marque une nouvelle étape dans la sophistication de la menace au Sahel et en Afrique de l’Ouest. Un récent rapport du Bureau des Nations unies pour l’Afrique de l’Ouest et le Sahel (UNOWAS) révèle que les groupes djihadistes « intensifient » depuis plusieurs mois l’emploi de drones, y compris des modèles commerciaux transformés en engins explosifs.
Une nouvelle ère tactique pour les groupes armés
Entre avril et juillet 2025, la situation sécuritaire dans la région est restée « précaire et instable », selon l’ONU. Les attaques sont devenues plus nombreuses, plus coordonnées et technologiquement plus avancées. Au Mali, le Jama’a Nusrat ul-Islam wa al-Muslimin (JNIM), affilié à Al-Qaïda, a mené en avril plusieurs frappes de drones contre les forces armées dans les régions de Ségou et de Mopti.
Dans le nord-est du Nigéria, les groupes terroristes utilisent désormais des systèmes aériens sans pilote couplés à des capacités antiaériennes. Ils ciblent aussi bien des convois militaires que des infrastructures essentielles : écoles, hôpitaux, aéroports, réseaux de télécommunications et routes stratégiques.
Des drones civils transformés en armes mortelles
Le phénomène inquiète d’autant plus qu’il repose sur des équipements faciles d’accès. Selon l’Institut d’études de sécurité (ISS), les groupes armés se procurent des drones civils — initialement destinés à l’agriculture ou à l’événementiel — et les convertissent en drones « kamikazes ». Le magazine Africa Defense Forum (ADF) confirme cette tendance, soulignant que ces outils deviennent de véritables armes de guerre bon marché et redoutables.
« L’emploi des drones par les terroristes constitue une nouvelle dynamique dans les conflits armés du Sahel », souligne l’ISS.
Une menace en expansion vers le golfe de Guinée
Le Sahel reste l’épicentre mondial du terrorisme, concentrant plus de la moitié des morts liées à ce fléau en 2024. Mais la menace s’étend progressivement vers les pays côtiers du golfe de Guinée : Bénin, Togo, Ghana et Côte d’Ivoire. Les zones septentrionales de ces pays, frontalières du Sahel, sont particulièrement vulnérables.
Dans ces régions, la faiblesse de la présence étatique et le sentiment d’abandon nourrissent la frustration d’une jeunesse désœuvrée, proie facile pour le recrutement des groupes djihadistes.
Une adaptation nécessaire des stratégies de défense
Face à cette mutation, les États de la région et leurs partenaires internationaux doivent repenser leurs stratégies de sécurité. La guerre contre le terrorisme n’est plus seulement terrestre : elle se joue désormais aussi dans les airs, à travers des technologies accessibles et en constante évolution.