Alors que la spirale de violence terroriste partie du Sahel s’étend inexorablement vers les côtes d’Afrique de l’Ouest, la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) a annoncé une initiative majeure : la création d’une force régionale antiterroriste de 260.000 hommes, dotée d’un budget annuel estimé à 2,5 milliards de dollars.
L’annonce a été faite le 25 août par Omar Touray, président de la Commission de la CEDEAO, qui a insisté sur l’urgence d’une riposte collective. « Cette initiative audacieuse est devenue nécessaire étant donné la dynamique asymétrique de sécurité dans notre région », a-t-il déclaré, lançant un appel aux partenaires internationaux pour accompagner ce projet ambitieux.
Une riposte à une menace sans frontières
Depuis plusieurs années, le Sahel est l’épicentre du terrorisme mondial, concentrant plus de la moitié des décès liés aux attaques djihadistes dans le monde. Des groupes affiliés à Al-Qaïda et à l’État islamique, notamment le GSIM et l’EIGS, multiplient leurs incursions vers le Sud et l’Ouest, ciblant particulièrement les zones frontalières fragiles entre le Bénin, le Niger, le Nigeria et le Togo.
La tragédie du 17 avril 2025, où 54 soldats béninois ont perdu la vie dans une double attaque au parc national de la W, a illustré la gravité de la situation. Le Togo, voisin immédiat, n’est pas épargné : au moins 54 civils et 8 militaires ont été tués dans le nord du pays depuis janvier. Au Nigeria, le bilan est encore plus lourd : plus de 2.200 morts au premier semestre 2025, un record macabre dû aux actions de Boko Haram et de la Province d’Afrique de l’Ouest de l’État islamique (PAOEI).
« Ces défis ne reconnaissent aucune frontière. Ils sont résilients et exigent une réponse qui soit pareillement dynamique, unifiée et stratégique », a déclaré le général Christopher Musa, chef d’état-major de la Défense du Nigeria.
Une nouvelle ère de coopération sécuritaire
La CEDEAO prévoit également le déploiement de 1.650 soldats dès 2026 dans le cadre de sa Force en attente, une mesure intégrée à une stratégie plus large contre le terrorisme et la criminalité transfrontalière. Le projet d’une force de 260.000 hommes marquerait toutefois un tournant majeur : il s’agirait de la plus grande mobilisation militaire jamais envisagée par l’organisation régionale.
Selon Fidel Amakye Owusu, analyste en sécurité, la réussite de cette initiative dépendra d’un quartier général régional dédié, de protocoles de formation harmonisés et de règles d’engagement claires. La Côte d’Ivoire et le Nigeria, puissances militaires et économiques de la région, devront en assumer une part importante du financement et de la logistique.
Au-delà des aspects techniques, la supervision civile et démocratique de cette force est jugée essentielle pour préserver sa légitimité.
Un moment décisif pour l’Afrique de l’Ouest
La multiplication des attaques, la porosité des frontières et l’essor d’une économie criminelle alimentée par le trafic, l’orpaillage illégal et les « impôts » imposés aux populations, soulignent l’urgence d’une action collective.
« L’Afrique de l’Ouest est à la croisée des chemins. La menace du terrorisme évolue plus rapidement que jamais. La question n’est plus de savoir si l’Afrique peut se défendre toute seule, mais si elle peut finalement s’unir pour le faire », écrit M. Owusu.
Pour la CEDEAO, la création de cette force antiterroriste représente à la fois un pari et une nécessité : celui d’une Afrique de l’Ouest qui ne subit plus, mais qui s’organise pour reprendre l’initiative face à la terreur.
