Depuis quelques jours, un climat de tension semble s’installer sur la toile togolaise. De nombreux citoyens, portés par la colère ou la frustration, prennent la parole pour dénoncer ce qu’ils perçoivent comme les limites du régime en place dans la gestion des affaires publiques. Les thèmes récurrents sont connus : la cherté de la vie, la faim, la précarité grandissante, l’injustice sociale. Ces maux sont réels et ressentis par bon nombre d’entre nous.
Cependant, ce juste besoin d’expression se heurte de plus en plus à un usage dangereux de la parole publique, où les propos haineux, les injures personnelles, les accusations graves sans preuve, et les incitations à la violence se multiplient. Or, dans toute société démocratique, les libertés – y compris celle d’expression – s’exercent dans un cadre légal et moral. Le civisme en est la clé.
Le droit de parler, l’obligation de bien dire
Le Togo est un pays où les libertés individuelles sont garanties par la Constitution. Chacun a donc le droit de dire ce qu’il pense, de critiquer ce qui ne va pas, d’interpeller les gouvernants sur leurs responsabilités. Ce droit est précieux. Mais il s’accompagne d’un devoir de responsabilité. Ce que nous écrivons ou disons publiquement doit être pesé, argumenté, respectueux des personnes et conforme aux lois.
Revendiquer n’est pas insulter. Dénoncer ne signifie pas diffamer. S’indigner ne justifie pas d’appeler à la haine. Il existe une manière forte, intelligente et percutante de s’exprimer, sans sombrer dans l’outrage ou l’infraction. Les mots bien choisis portent plus loin que les cris mal maîtrisés.
L’insulte affaiblit le message
Ceux qui usent de la violence verbale pensent souvent renforcer leur message. C’est tout le contraire. Une cause, aussi légitime soit-elle, perd en crédibilité quand elle est portée par la vulgarité. L’insulte ne mobilise pas ; elle divise. Elle éloigne les modérés, les indécis, et donne des arguments à ceux qu’on cherche à critiquer. Elle expose aussi son auteur à des poursuites judiciaires, ce qui détourne l’attention du fond du problème.
Les vrais bâtisseurs de changement sont ceux qui parlent haut, mais avec noblesse. Ceux qui s’indignent avec classe. Ceux qui savent transformer la colère en discours structuré, en plaidoyer, en action citoyenne.
La parole publique est une responsabilité collective
Les réseaux sociaux ont démocratisé la prise de parole. Mais cette liberté nouvelle ne doit pas devenir un terrain d’impunité. Il revient à chacun – leader d’opinion, journaliste, artiste, citoyen ordinaire – d’être un modèle. Montrons par l’exemple que l’on peut se faire entendre sans être offensant. Que l’on peut contester sans être condamnable. Que l’on peut défendre les opprimés sans devenir oppresseur verbal.
Choisir la voie du civisme, c’est choisir la voie de la paix durable
Le Togo a besoin de critiques constructives, de propositions audacieuses, d’esprits libres mais responsables. Il a besoin de voix qui élèvent le débat au lieu de l’enfoncer. Il a besoin de citoyens courageux, mais aussi courtois. C’est ainsi que l’on bâtit une nation forte : avec des idées solides, portées par des mots dignes. Exprimons-nous. Oui. Mais faisons-le avec sagesse.
