Au Togo, à l’approche des échéances électorales, les rues s’animent, les klaxons se mêlent aux chants militants et les caravanes politiques deviennent omniprésentes dans le paysage urbain. Si l’ambiance démocratique et l’engagement des partis sont à saluer, une question dérange pourtant les esprits civiques : les caravanes de campagne sont-elles au-dessus du Code de la route ?
Le non-respect des feux rouges, les excès de vitesse et les comportements routiers à risque deviennent monnaie courante pendant ces périodes de campagne municipales. Mais qu’en dit la loi ? Et surtout, qu’en dit le bon sens citoyen ?
La loi est claire : nul n’est au-dessus du Code de la route
Le Code de la route togolais, comme dans tout État de droit, s’applique à tous les usagers de la voie publique, sans distinction de statut social, politique ou circonstanciel. Aucune disposition juridique ne prévoit une exonération des règles de circulation pour les véhicules en campagne politique, à l’exception des escortes officielles encadrées par les forces de l’ordre et encore, cela reste réglementé.
Les feux tricolores ont pour fonction de protéger la vie des citoyens : piétons, motocyclistes, conducteurs et passagers. Leur non-respect par les caravanes électorales, souvent composées de dizaines de motos, voitures, camions-sonos et bus surchargés, constitue une mise en danger manifeste de la sécurité publique.
Une confusion entre animation politique et anarchie routière
Il faut oser le dire : au Togo, les campagnes électorales sont trop souvent le théâtre d’une anarchie tolérée, voire encouragée. Les militants, surexcités, se croient parfois investis d’un droit divin à braver les règles, au nom d’un parti ou d’un candidat. Mais en quoi une manifestation de soutien politique justifierait-elle de griller un feu rouge ou de bloquer un carrefour stratégique au détriment des usagers ordinaires, des ambulances, ou des écoliers qui traversent la route ?
Derrière chaque feu grillé, il y a un potentiel drame : un accident, une vie fauchée, une famille endeuillée. Et dans un pays où le système de santé reste fragile, chaque blessé de la route est un poids évitable.
Un problème de responsabilité partagée
Il serait trop facile de blâmer uniquement les militants. La responsabilité est collective :
Les partis politiques doivent sensibiliser leurs équipes à une campagne civique, respectueuse du droit et des populations. Les conducteurs des caravanes, souvent des jeunes improvisés chauffeurs, doivent être formés et informés. Les forces de l’ordre doivent jouer leur rôle, en encadrant et régulant les cortèges au lieu de les ignorer ou de les escorter aveuglément. Les citoyens doivent aussi se lever pour dénoncer ces abus, exiger plus de civisme et rappeler que démocratie rime avec responsabilité. La vitalité démocratique ne se mesure pas seulement au nombre de meetings ou de pagnes distribués. Elle se lit aussi dans la manière dont les acteurs politiques incarnent les valeurs qu’ils prétendent défendre. Un parti politique qui ne respecte pas un simple feu rouge, respectera-t-il demain la Constitution, la presse ou les droits de l’opposition ?
L’engagement politique est noble. Il doit aller de pair avec le respect du vivre-ensemble. Les caravanes électorales doivent incarner la joie, la mobilisation et l’unité, mais jamais l’insécurité ni la provocation routière.
À ceux qui conduisent ces cortèges : chaque feu rouge que vous respectez est un acte de patriotisme silencieux.
Et à nos autorités, il revient de montrer que la loi n’est pas un feu rouge que l’on saute à volonté, selon la couleur du parti.
