Ils étaient censés soulager les petits commerçants, améliorer la logistique locale et soutenir le transport de marchandises dans les zones enclavées. Mais au fil des années, les tricycles sont devenus un véritable casse-tête pour les autorités togolaises en matière de sécurité routière. Le détournement massif de ces engins à des fins de transport de passagers soulève de sérieuses préoccupations, notamment en matière de surcharge, d’accidents et de non-respect du code de la route.
Une pratique illégale, mais banalisée
Conçus pour transporter des charges légères ou moyennes, les tricycles sont aujourd’hui utilisés dans de nombreuses localités pour acheminer… des personnes. Sur les axes secondaires comme la route de Kpalimé, de Vogan ou encore de Tsévié, il est courant de voir des passagers entassés sur des piles de sacs de maïs, de charbon ou de marchandises diverses. Une pratique illégale, mais devenue monnaie courante, notamment dans les zones où les transports classiques se font rares ou inaccessibles. Cette réalité, observée aussi bien dans les faubourgs de Lomé que dans les petites localités rurales, viole les règles élémentaires de la circulation. “Ces engins ne sont pas conçus pour cela. Ils deviennent instables dès qu’on y ajoute un ou deux passagers en plus du chargement. En cas de freinage brusque ou de virage mal négocié, c’est l’accident assuré”, explique un formateur en sécurité routière basé à Agoè.
Un facteur aggravant dans les statistiques d’accidents
Les chiffres des services de sécurité routière, bien que partiels, confirment une recrudescence des accidents impliquant les tricycles. La surcharge, le mauvais état des engins, l’inexpérience ou l’absence de formation des conducteurs aggravent les risques. Dans de nombreux cas, les conducteurs ne disposent ni de permis adapté, ni de connaissance des règles de base de la conduite sécurisée.
Les conséquences sont parfois tragiques. À Sagbado, un tricycle chargé de sacs de charbon et transportant deux passagers est sorti de la route le mois dernier, tuant sur le coup une passagère. À Aného, un engin semblable, mal arrimé, a renversé sa cargaison en pleine circulation, provoquant un carambolage.
Laxisme dans les contrôles et absence de suivi
Si au centre-ville de Lomé la présence policière permet d’atténuer certaines dérives, la situation dans les zones périphériques et rurales reste inquiétante. Les contrôles y sont rares, les infractions rarement verbalisées. “Le plus frustrant, c’est que ces conducteurs agissent en toute impunité. Il n’y a pas de suivi, pas de traçabilité des engins ni des conducteurs”, déplore un agent de sécurité posté à la sortie de la ville.
Le laxisme institutionnel combiné à la pression économique – où chacun cherche à “gagner la journée” – rend les règles de sécurité quasiment théoriques sur le terrain.
Renforcer le cadre légal et les mécanismes de prévention
Face à cette situation, il est important de réajuster le cadre réglementaire. Il ne s’agit pas uniquement d’interdire, mais de mieux encadrer. Cela passe par :
-La formation obligatoire des conducteurs de tricycles avec délivrance de permis adapté ;
-L’instauration d’un contrôle technique périodique pour ces engins ;
-L’interdiction claire et surveillée du transport de passagers sur les tricycles de type cargo ;
-Le déploiement de brigades routières mobiles dans les zones à forte circulation de tricycles.
La sensibilisation doit aussi être renforcée, notamment dans les langues locales, et à travers les radios communautaires, pour toucher directement les usagers concernés.
Une responsabilité collective pour la sécurité de tous
La problématique des tricycles touche à la fois à l’économie informelle, à la mobilité rurale, mais aussi à la sécurité publique. Il appartient donc aux autorités locales, aux forces de sécurité, mais aussi aux communautés elles-mêmes, de comprendre que chaque surcharge, chaque infraction, chaque passager transporté illégalement est une menace réelle pour la vie humaine.
Le tricycle peut rester un outil utile s’il est bien encadré. Mais à défaut d’une réaction rapide et ferme, il risque de devenir un symbole de chaos routier dans un pays déjà confronté à de nombreux défis sécuritaires.
