Depuis le début des manifestations entamées ce jeudi à Lomé et dans plusieurs villes du pays, les citoyens font face à une dégradation significative de l’accès à Internet, couplée à une coupure ciblée de certains réseaux sociaux. Une situation qui interroge sur les véritables enjeux sécuritaires derrière cette mesure, devenue désormais un réflexe dans les moments de tension sociopolitique.
Une restriction numérique aux conséquences lourdes
YouTube, Facebook, TikTok, Telegram : ces plateformes sont depuis plusieurs jours partiellement ou totalement inaccessibles. Si WhatsApp et Twitter restent fonctionnels, les utilisateurs dénoncent une connexion ralentie, instable et parfois inexistante selon les régions. Selon les premiers constats, les opérateurs ont volontairement réduit ou filtré le trafic sur certaines plateformes à la demande des autorités.
Le chapitre togolais de l’Internet Society, dans un rapport publié ce 28 juin, révèle que plus de 15 000 tests techniques ont été réalisés entre le 25 et le 27 juin 2025, montrant une hausse spectaculaire des dysfonctionnements sur les réseaux fixes et mobiles. Des coupures qui touchent de plein fouet les entreprises, les médias en ligne, les étudiants, mais aussi les citoyens ordinaires dont les activités reposent sur une connexion fluide.
L’argument sécuritaire : justification ou dérive ?
Officiellement, ces restrictions seraient mises en place dans un souci de sécurité nationale, pour limiter la circulation d’informations jugées sensibles ou “incendiaires” en pleine période de troubles. Un argument déjà invoqué par le passé, mais qui peine à convaincre les spécialistes de la gouvernance numérique.
“Ce type de mesure, souvent prise sans communication officielle ni cadre juridique clair, traduit davantage une volonté de contrôle que de prévention”, confie un expert en cybersécurité sous couvert d’anonymat.
Au-delà de l’entrave aux libertés fondamentales — notamment celle d’informer et d’être informé — cette tactique fragilise l’économie numérique et accroît la défiance d’une population déjà en tension avec les institutions.
Internet et sécurité : vers un encadrement responsable ?
Dans un monde de plus en plus interconnecté, la sécurité numérique ne devrait pas être confondue avec la censure numérique. Si les États ont le devoir de préserver l’ordre public, cela ne saurait se faire au détriment des libertés numériques, devenues des droits essentiels dans les sociétés modernes.
L’Internet Society Togo recommande d’ailleurs, dans son rapport, un dialogue multi-acteurs entre l’État, les fournisseurs d’accès, la société civile et les organisations techniques, afin de définir des mécanismes d’alerte et de gestion des crises numériques respectueux des droits humains.
Enjeux de souveraineté, impératifs sécuritaires, besoin de transparence : le Togo est à la croisée des chemins. Entre contrôle autoritaire et gouvernance numérique inclusive, le choix politique aura des conséquences durables sur la confiance entre gouvernants et gouvernés.
