Une décision syndicale vient brutalement secouer les fondations de la sécurité alimentaire au Togo. Le Syndicat National des Exploitants de Moulins, Pétrins et Aiguiseurs (SYNEMPATO) a officialisé une hausse généralisée des tarifs de transformation des denrées agricoles de base, invoquant la flambée des prix de l’électricité, les coûts des pièces mécaniques et la nécessité de revaloriser les salaires. L’information a été officialisé par un communiqué en date du 28 mai 2025. Derrière cette mesure apparemment technique se profile une menace bien plus grave : l’accès à une alimentation de base devient incertain pour des millions de Togolais.

Le maïs, le mil et l’arachide… désormais moins accessibles
Du maïs au galikou, du mil germé à l’arachide, tous les produits céréaliers de première nécessité sont concernés. Une mesure de mil germé, par exemple, coûte désormais 1 000 F CFA à moudre – un tarif prohibitif pour nombre de ménages modestes. Le simple fait de faire transformer un bol de maïs coûte 250 F CFA, un tarif en hausse pour un aliment qui constitue pourtant l’épine dorsale de l’alimentation togolaise. Pour beaucoup de familles, notamment rurales, cela signifie moins de repas, moins de diversité alimentaire, et plus de faim.
Une pression directe sur la sécurité alimentaire
Dans un pays où plus de 60 % de la population vit de l’agriculture de subsistance, la transformation locale des produits agricoles est un maillon vital de la chaîne alimentaire. En augmentant le coût de ce maillon, on compromet l’équilibre de tout le système.
« Cette hausse des prix va créer une fracture entre les producteurs et les consommateurs. Elle fragilise l’accès quotidien à la nourriture, surtout dans les zones enclavées où les moulins sont rares », explique un spécialiste de la sécurité alimentaire contacté à Kara.
Le risque de déséquilibres nutritionnels devient réel : moins de céréales transformées, c’est moins d’énergie pour les enfants, les femmes enceintes, les travailleurs agricoles. À moyen terme, cela pourrait entraîner une augmentation des cas de malnutrition chronique.
Une poudrière sociale et alimentaire
Le Togo traverse déjà une période de tension économique. Une telle hausse, sans mesures sociales d’atténuation, pourrait être la goutte de trop. L’alimentation étant au cœur de la stabilité d’un pays, cette situation fait craindre des remous sociaux dans les zones urbaines pauvres comme dans les milieux ruraux excentrés.
« On ne peut pas parler de sécurité nationale si les gens ne peuvent plus se nourrir correctement. Cette décision, si elle n’est pas accompagnée, peut être une bombe sociale », avertit une ONG spécialisée en développement rural.
Des pistes de solutions urgentes
L’État togolais est interpellé. Il est urgent de :
- Subventionner les unités de transformation pour éviter que les hausses ne soient répercutées entièrement sur les consommateurs ;
- Rétablir un dialogue national sur les prix agricoles et les charges énergétiques ;
- Mettre en place un fonds de compensation pour les zones à risque alimentaire élevé.
Repenser les équilibres pour préserver l’essentiel
La revalorisation du travail des meuniers est un impératif social. Mais elle ne doit pas se faire au prix d’un effondrement de la sécurité alimentaire nationale. Chaque hausse tarifaire, chaque décision technique, doit être pensée dans une vision d’ensemble : celle d’un pays qui nourrit sa population avec dignité, stabilité, et justice.
La transformation alimentaire, souvent invisible, est une colonne vertébrale de la sécurité collective. Si on la fragilise, c’est tout le pays qui vacille. Il est temps d’agir, avant que la faim ne parle plus fort que la raison.
