La chefferie traditionnelle est une institution noble au Togo. Elle constitue un pilier de l’organisation sociale et culturelle de nos communautés. C’est précisément pour cette raison que sa désignation est encadrée par des textes de loi clairs et par les us et coutumes propres à chaque localité.
À Sanda-Afohou, dans la préfecture de Bassar, le processus ayant conduit à la reconnaissance d’un nouveau chef de canton continue de susciter incompréhension, colère et contestation au sein d’une partie importante de la population.
Depuis le décès de feu Atchati Essodina Blaise, le 12 août 2020 désigné par voie de consultation populaire, un régent avait été mis en place afin d’assurer la continuité de l’autorité traditionnelle. Durant plusieurs années, les populations ont attendu que les autorités compétentes indiquent clairement les modalités devant conduire au choix du successeur.
Pour rappel, la législation togolaise prévoit deux mécanismes de désignation : la succession héréditaire par l’intermédiaire du conseil coutumier ou la consultation populaire.
Or, dans le dossier de Sanda-Afohou, plusieurs zones d’ombre demeurent.
Selon les informations recueillies auprès des familles concernées et de nombreux habitants du canton, aucune communication officielle n’avait été portée à la connaissance de la population, du conseil Coutumier, encore moins de la famille du défunt chef pour annoncer l’ouverture d’un processus de désignation ou fixer un calendrier clair.
Pendant ce temps, des candidats ont constitué et déposé des dossiers auprès des autorités administratives, alimentant interrogations et incompréhensions au sein de la population.
Face à cette situation, plusieurs courriers ont été adressés au ministère de l’Administration territoriale afin d’attirer son attention sur les inquiétudes grandissantes autour du processus engagé. Des demandes d’audience ont également été formulées afin d’obtenir des explications et de prévenir toute crise future. Malgré ces démarches, les contestations sont restées sans réponse satisfaisante aux yeux des requérants.
L’annonce du décret signé le 02 février 2026 portant reconnaissance du nouveau chef du canton de Sanda Afohou a donc été accueillie avec stupeur par une frange de la population qui estime n’avoir jamais été associée au processus.
Le principal point de désaccord concerne la référence faite dans ledit décret à un conseil coutumier qui aurait procédé à la désignation du nouveau chef.
La réalité est qu’aucun conseil coutumier destiné à choisir un successeur ne s’est tenu depuis le décès du précédent chef. Cette question est aujourd’hui au cœur du débat.
Si un conseil coutumier a effectivement été organisé, ses modalités, sa composition, ses procès-verbaux et l’ensemble des documents ayant servi de base à la désignation méritent d’être rendus publics afin de dissiper les manquements graves qui persistent. Cette affirmation peut être vérifiée sur le terrain auprès des principaux acteurs concernés. Dès lors, la mention d’un conseil coutumier dans une procédure officielle est tout simplement scandaleuse. Plusieurs chefs de village ainsi que d’autres notables du canton affirment avoir même appris que leurs noms figureraient sur un procès-verbal issu d’un prétendu conseil coutumier qui, selon eux, ne s’est jamais tenu. Ils soutiennent que des signatures auraient été apposées à leur place par des tiers. Ces allégations soulèvent de sérieuses interrogations quant à l’authenticité des documents ayant servi à la procédure de désignation.
L’enjeu dépasse désormais la seule question d’une personne ou d’une famille. Il concerne la crédibilité du processus de désignation des chefs traditionnels et le respect des textes qui encadrent cette institution.
Les contestataires affirment ne pas être opposés au principe d’une alternance à la tête du canton. Ils réclament simplement une procédure transparente, ouverte et conforme à la loi de la République.
Par ailleurs, le chef désigné n’est pas présenté par ses contestataires comme un héritier direct du défunt chef. Et c’est une information vérifiable sur le terrain. La vérité est qu’il n’est ni membre de la famille du défunt chef canton, ni issu de son clan. Pire, il n’a jamais exercé les fonctions d’un quelconque chef de village auparavant. En conséquence, il n’a aucune expérience en matière de gestion des affaires publiques.
Une moralité fortement contestée dans le canton
Au-delà des nombreuses interrogations entourant le processus de désignation, la question de la moralité du chef désigné est également au cœur des débats à Sanda-Afohou.
Selon plusieurs habitants interrogés dans le cadre de cette enquête, l’intéressé traîne depuis de nombreuses années une réputation peu compatible avec les exigences de probité et d’exemplarité attachées à la fonction de chef traditionnel. Certains villageois affirment même que son surnom dans le canton serait « voleur », tant les controverses à son sujet sont connues localement.
Parmi les faits régulièrement évoqués par ses détracteurs figure une affaire de portefeuille volé appartenant à un ressortissant du village dénommé « Meatchi Dè ». Ce dernier, ancien travailleur au Bénin, retraité au moment des faits aurait vu son portefeuille être volé par celui qui est aujourd’hui désigné chef canton. Selon les témoignages recueillis, ce portefeuille contenait notamment une partie de la pension du propriétaire ainsi que des clés de véhicule et de domicile. Après plusieurs recherches et soupçons, plusieurs personnes soutiennent que le chef désigné aurait reconnu avoir frauduleusement pris le portefeuille. Au final, il aurait juste rendu les clés sans les sous. Suivez mon regard…Cette affaire demeure encore aujourd’hui dans toutes les mémoires au village.
D’autres habitants interrogés évoquent également une affaire de fraude présumée liée à son compteur d’électricité. En clair, il consomme le courant sans payer car son compteur est fraudé et n’affiche rien en termes de facture à payer. Selon eux, l’intéressé aurait été découvert après plusieurs mois et plusieurs vérifications. Là encore, cette affaire est fréquemment citée par lune bonne partie de la population.
Des accusations portant sur des opérations foncières controversées sont également avancées par certains habitants. Plusieurs personnes interrogées soutiennent que son nom est cité à différentes reprises dans des litiges liés à des ventes de terrains dont il n’est même pas propriétaire.
Enfin, l’affaire dite de « l’Association Tolérance » revient systématiquement dans les témoignages recueillis. Cette association avait, durant plusieurs années, apporté un soutien important aux élèves du canton en récompensant les meilleurs aux examens scolaires et en finançant certaines infrastructures éducatives notamment un bâtiment sur le site du CEG. Selon plusieurs sources locales, des fonds qui lui avaient été confiés et destinés à la construction d’un autre bâtiment en matériaux durables n’auraient pas été utilisés conformément à leur destination initiale. En clair, une bonne partie de l’argent aurait été détournée par le nouveau chef désigné. Les personnes qui évoquent cette affaire estiment qu’elle aurait conduit à la cessation des activités de soutien de l’association dans le canton. Une perte énorme pour le canton.
En effet, si le code de la chefferie traditionnelle exige du chef qu’il jouisse d’une bonne moralité, plusieurs citoyens estiment qu’il est légitime de demander quelles enquêtes de moralité ont été menées et quelles conclusions ont été retenues avant sa désignation.
Un appel à la révision du décret
Je n’écris pas ces lignes uniquement parce que je suis fils de ce canton et issu de la maison du défunt chef. Je les écris parce que j’estime qu’il est de mon devoir de citoyen d’attirer l’attention des autorités sur une situation qui suscite une profonde incompréhension au sein de la population.
J’en appelle donc au Président du Conseil ainsi qu’au ministre de l’Administration territoriale afin qu’ils réexaminent ce dossier. Pour de nombreux habitants, la solution la plus à même de préserver la paix sociale serait l’organisation d’un processus transparent, clair et incontestable, permettant à la population de se prononcer librement sur le choix de son chef traditionnel. Afin que le futur chef bénéficie d’une légitimité incontestable et d’une désignation conforme à la loi. En conséquence, sa cérémonie de remise prochaine et officielle du décret devrait être simplement annulée. Afin qu’in fine une désignation par consultation populaire soit faite.
Préserver la paix à Sanda-Afohou
Sanda-Afohou n’a jamais connu de violences liées à la succession au trône traditionnel. Cette paix sociale constitue un patrimoine précieux que chacun doit s’attacher à préserver.
C’est précisément pour éviter les tensions et les divisions qui se dessinent que les autorités sont aujourd’hui appelées à agir avec transparence, impartialité et dans le strict respect des textes de la République. Contacté, l’autre partie n’a pas repondu à nos appels.
A suivre…
Lorenzo KELEKI
