Alors que le Sahel demeure l’un des épicentres de la violence djihadiste, la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) a annoncé le déploiement prochain de 5.000 soldats dans la région. Objectif : répondre à l’intensification des attaques terroristes au Burkina Faso, au Mali et au Niger.
Cette décision, actée lors d’une réunion régionale tenue le 11 mars dernier, marque une nouvelle tentative de l’organisation sous-régionale de reprendre l’initiative sécuritaire. La Force en attente de la CEDEAO (ESF), jusqu’alors peu active, pourrait ainsi être mobilisée pour contrer l’instabilité croissante dans la région.
Le ministre nigérian de la Défense, Mohammed Badaru Abubakar, a présenté cette initiative comme une réponse collective à une menace devenue transnationale. « L’activation de cette force souligne notre détermination à assurer la sécurité de nos citoyens », a-t-il affirmé à Voice of America.
Des incertitudes sur le terrain
Mais derrière la volonté affichée, de nombreuses incertitudes demeurent. Ni la date précise du déploiement ni sa localisation n’ont été officiellement communiquées. Kabiru Adamu, analyste en sécurité, salue l’annonce mais reste prudent : « La CEDEAO devra combler le vide laissé par le départ du Burkina Faso, du Mali et du Niger, trois piliers militaires désormais membres de l’Alliance des États du Sahel (AES) », rappelle-t-il.
Créée en janvier 2025, l’AES regroupe les trois pays sahéliens ayant quitté la CEDEAO sur fond de tensions politiques. Si les relations institutionnelles sont fragiles, les discussions de coopération sécuritaire entre les deux blocs se poursuivent. Omar Touray, président de la CEDEAO, s’est dit ouvert à un dialogue constructif.
Pour Kabiru Adamu, seule une approche pragmatique permettra un réel progrès : « Un engagement commun est indispensable, y compris au-delà des clivages politiques. Les capacités militaires dans la région restent limitées. »
Des défis logistiques majeurs
Au-delà des dissensions géopolitiques, la CEDEAO doit faire face à des obstacles logistiques et structurels. Manque de financement, barrières linguistiques, absence de technologies interopérables… les difficultés sont nombreuses.
Lors d’un forum sur la sécurité en septembre 2024 à Abuja, le général à la retraite Nicholas Rogers avait mis en garde : « Une force en attente ne peut fonctionner qu’avec des ressources solides : armement, appui aérien, soins médicaux, et surtout une stratégie partagée entre les États contributeurs. »
Un outil de dissuasion et de stabilité ?
Malgré ces écueils, certains leaders de la région défendent l’idée d’une force sous-régionale comme rempart contre les crises. Pour l’ancien président ghanéen Nana Akufo-Addo, l’ESF aurait pu, si elle avait été opérationnelle plus tôt, empêcher certains coups d’État récents et limiter l’expansion djihadiste.
« Son établissement est essentiel pour garantir la sécurité, soutenir la gouvernance démocratique et promouvoir la paix en Afrique de l’Ouest », déclarait-il récemment à GhanaWeb.
À l’heure où la CEDEAO tente de se repositionner comme garante de la stabilité régionale, le succès de cette force dépendra autant de la volonté politique que de la capacité logistique de ses membres. Dans un contexte marqué par la fragmentation des alliances et l’urgence sécuritaire, l’heure est à l’action concertée — ou au risque de voir le Sahel sombrer davantage dans le chaos.
