Trois jours de manifestations, au moins sept morts, plusieurs dizaines de blessés et plus de soixante personnes interpellées : c’est le bilan non officiel avancé par des organisations de la société civile et de défense des droits humains au Togo, à la suite des événements survenus à Lomé entre le 27 et le 29 juin. Au cœur de ces journées sous haute tension : la question de la gestion sécuritaire de la contestation sociale.
Alors que le gouvernement évoque des “décès par noyade” dans son communiqué de dimanche soir, des voix citoyennes accusent ouvertement des éléments des forces de l’ordre et des groupes qualifiés de « miliciens » d’avoir commis des « exactions » contre les manifestants.
Une sécurité contestée, un climat sous tension
Dans un pays où les manifestations sont devenues rares — et leur encadrement, souvent sensible — ces derniers événements mettent une nouvelle fois en lumière le délicat équilibre entre maintien de l’ordre et respect des libertés publiques.
Le gouvernement a tenu à saluer « le professionnalisme des forces de sécurité », tout en rassurant que « toutes les dispositions seront prises pour protéger les citoyens ». Mais sur le terrain, la perception est tout autre pour une partie de la population et des acteurs sociaux.
« Nous ne sommes pas des animaux », a réagi David Dosseh, porte-parole du Front Citoyen Togo Debout, dénonçant une « brutalité mise en place par l’État » contre des manifestants non armés. Pour lui, le droit de manifester pacifiquement est garanti par la Constitution, et doit être respecté, y compris en période de tension politique.
Entre encadrement, dérives et zones grises
Les accusations portées à l’encontre des forces de l’ordre et la mention de miliciens non identifiés posent une question cruciale : qui contrôle réellement le terrain lors des manifestations au Togo ? Et jusqu’où les forces de sécurité sont-elles prêtes à aller dans l’usage de la force ?
Les autorités ont évoqué des « tentatives de récupération malheureuses » concernant les corps repêchés dans les cours d’eau de Lomé. Des analyses médico-légales auraient confirmé des cas de noyade, sans que le gouvernement ne précise le nombre exact de victimes, ni les circonstances dans lesquelles elles ont été retrouvées.
Dans un contexte sécuritaire tendu, ce flou alimente les suspicions. Et renforce l’urgence d’un débat de fond sur la doctrine d’intervention des forces de défense et de sécurité lors des manifestations publiques. Notamment en ce qui concerne l’identification, la chaîne de commandement, et la proportionnalité des réponses face aux foules.
Appel au professionnalisme et à la responsabilité républicaine
Le Togo est à la croisée des chemins : garantir la sécurité des biens et des personnes ne peut se faire au détriment des droits fondamentaux. Si les manifestants doivent respecter la loi, les forces de l’ordre doivent également se conformer à des standards professionnels clairs, exempts de toute forme d’abus.
La gestion des manifestations, dans un climat de crispation politique et sociale, est une épreuve de maturité pour les institutions sécuritaires. Transparence, communication proactive et respect strict des procédures sont désormais indispensables pour restaurer la confiance entre l’État et la population. Plus que jamais, le pays a besoin d’une force publique crédible, républicaine et respectée — non redoutée.
