Le Mali est une nouvelle fois frappé en plein cœur. L’exécution publique de Mariam Cissé, jeune créatrice de contenu suivie par près de 100 000 personnes sur TikTok, a provoqué une onde de choc nationale et internationale. Au-delà de l’émotion, cet assassinat met cruellement en lumière les failles sécuritaires persistantes dans la région de Tombouctou, où les groupes djihadistes imposent leur loi.
Une exécution en plein centre-ville : un symbole inquiétant
Vendredi 7 novembre 2025, des hommes armés, présumés affiliés au JNIM (Groupe de soutien à l’Islam et aux musulmans), ont pénétré dans la ville de Tonka à moto, ramenant avec eux la jeune tiktokeuse qu’ils avaient enlevée la veille.
Selon plusieurs témoins, les ravisseurs se sont dirigés vers la place de l’Indépendance avant de l’exécuter froidement devant une foule terrorisée, incapable d’intervenir.
L’assassinat en plein centre urbain soulève une question majeure : comment un groupe armé a-t-il pu circuler, enlever une personne, revenir en ville et commettre un acte d’une telle violence sans la moindre réaction des forces de sécurité ?
Un enlèvement en plein direct, symbole des défis sécuritaires numériques
La veille, Mariam Cissé filmait une foire à Hechel, village proche de Tonka, mettant en avant le marché, le fleuve et la vie quotidienne des habitants. C’est vraisemblablement en plein direct qu’elle a été repérée par les hommes armés.
Un témoignage rapporté par son cousin, Moussa Cissé, explique qu’elle a été reconnue en raison de son visage familier et de son soutien public affiché à l’armée malienne.
Les ravisseurs l’auraient alors arrêtée, estimant qu’elle les avait filmés, avant de l’emmener hors de la localité à moto. L’information de son enlèvement a immédiatement inondé les réseaux sociaux, mais aucun dispositif d’urgence n’a pu être déployé pour la retrouver.
Ce scénario met en lumière une réalité sécuritaire nouvelle : les créateurs de contenu, devenus figures publiques dans les zones d’instabilité, peuvent être ciblés pour leurs prises de position ou simplement pour leur visibilité.
Une région sous influence djihadiste
La zone de Tonka, comme l’ensemble du cercle de Goundam et une grande partie de la région de Tombouctou, est reconnue comme étant fortement infiltrée par le JNIM.
Les groupes djihadistes y imposent régulièrement des blocus, des taxes illégales, et s’attaquent à toute forme d’expression publique considérée comme contraire à leur doctrine.
L’exécution de Mariam Cissé s’inscrit dans un climat où les populations civiles vivent sous la menace constante, souvent abandonnées à elles-mêmes, sans dispositif sécuritaire permanent.
Soutien affiché à l’armée : un motif d’hostilité
Mariam Cissé s’était illustrée dans plusieurs vidéos en portant l’uniforme militaire ou en exprimant son soutien au président de la transition Assimi Goïta.
Dans une région où les groupes armés cherchent à intimider toute expression favorable aux autorités centrales, ce positionnement l’aurait exposée davantage.
Un drame qui relance le débat sur la protection des civils
Le meurtre de Mariam a provoqué une immense vague d’émotion au Mali et dans la diaspora. Sur les réseaux sociaux, les hommages se multiplient, accompagnés d’interrogations légitimes : Où étaient les forces de défense et de sécurité ? Pourquoi aucune tentative de sauvetage ou d’interception n’a été signalée? Comment empêcher que de telles exécutions publiques se reproduisent ?
Cet incident, tragique et symbolique, rappelle l’urgence de renforcer la présence militaire et les mécanismes de protection des populations civiles dans les régions sous forte pression terroriste.
Un choc national et un appel à l’action
Mariam Cissé incarnait une nouvelle génération de jeunes Maliens créatifs, connectés et fiers de leur culture.
Son assassinat est un message violent adressé à ceux qui osent s’exprimer librement dans les zones sous influence djihadiste.
Face à ce drame, des voix s’élèvent pour exiger une sécurisation accrue de Tonka et de l’ensemble du nord du Mali, ainsi que des mesures de protection spécifiques pour les journalistes, influenceurs et créateurs de contenu opérant dans les zones instables.
