La voix de l’Afrique de l’Ouest s’est une fois encore élevée dans un cadre mondial de réflexion sur l’avenir du numérique. À l’occasion de la Conférence internationale des femmes leaders qui se tient en Israël du 26 au 31 octobre 2025, la Présidente du Parlement de la CEDEAO, Hadja Mémounatou Ibrahima, a livré un plaidoyer fort en faveur d’une révolution technologique équitable, inclusive et guidée par les femmes.
Placée sous le thème « Façonner l’avenir : Leadership féminin, Intelligence artificielle et Égalité des genres », cette rencontre d’envergure mondiale réunit des femmes influentes — décideuses politiques, chercheuses, entrepreneures et actrices de la société civile — venues d’horizons divers pour penser ensemble l’avenir du numérique sous le prisme du genre.
Un rendez-vous pour repenser le rôle des femmes dans le numérique
Dans son allocution, Mme Mémounatou Ibrahima a salué l’organisation du forum et a souligné la pertinence du thème, estimant qu’il s’agit d’une tribune essentielle pour renforcer la voix des femmes dans la gouvernance technologique mondiale.
Elle a rappelé que malgré les avancées, près de 3,7 milliards de personnes restent non connectées à Internet, dont la majorité sont des femmes et des filles. « Promouvoir l’égalité des genres est une condition essentielle pour un développement juste et durable », a-t-elle martelé.
L’intelligence artificielle (IA), selon elle, doit devenir un catalyseur d’égalité et de justice sociale, à condition qu’elle soit conçue avec une véritable équité numérique et non comme un outil reproduisant les inégalités existantes.
L’expérience togolaise : un modèle inspirant
S’inspirant du contexte africain, Mme Ibrahima a cité l’exemple du programme de transfert monétaire digital initié au Togo pendant la pandémie de COVID-19, qui a permis de distribuer 24 milliards de francs CFA à des foyers vulnérables.
Grâce à une approche inclusive, les femmes ont représenté 71,4 % des bénéficiaires, preuve que le numérique peut corriger les inégalités lorsqu’il est orienté vers les besoins réels des populations.
Cependant, elle a souligné les défis persistants : « De nombreuses femmes, surtout en milieu rural, dépendent encore du téléphone de leur chef de famille. L’accès physique aux outils numériques demeure une barrière majeure. »
Trois recommandations fortes pour un numérique au service de l’égalité
Au terme de son intervention à l’occasion du premier panel portant sur le thème : « Renforcer l’égalité des genres grâce à la technologie numérique », la Présidente du Parlement de la CEDEAO a formulé trois propositions majeures destinées à inspirer les politiques publiques et les stratégies régionales :
1- Rendre la technologie accessible aux femmes, notamment les smartphones, par des solutions innovantes et abordables, car l’accès est la première étape vers l’autonomie.
2-Accélérer l’identité numérique féminine, pour favoriser leur inclusion biométrique et financière dans l’économie digitale.
3-Développer l’intelligence artificielle au service des femmes, en créant des espaces numériques dédiés à la sensibilisation contre les violences basées sur le genre et à la promotion de la santé féminine.
Ces propositions, a-t-elle précisé, s’inscrivent dans le cadre parlementaire de la CEDEAO sur l’égalité des genres, mené en collaboration avec plusieurs États membres, dont le Nigeria. Ce cadre vise à doter la région d’une stratégie numérique éthique, inclusive et protectrice des droits des femmes.
Vers une transformation digitale inclusive
Pour Mme Mémounatou Ibrahima, le numérique ne doit plus être perçu comme un simple outil technologique, mais comme un vecteur d’autonomisation et de leadership.
« Le numérique doit être conçu avec et pour les femmes, un instrument qui amplifie leur voix sans jamais les marginaliser », a-t-elle déclaré.
Elle a enfin réaffirmé l’engagement du Parlement de la CEDEAO à traduire ces recommandations en politiques concrètes, afin de bâtir un cadre de développement fondé sur la paix, la justice et l’égalité.
L’intervention de Mme Mémounatou Ibrahima à la Conférence internationale des femmes leaders illustre la volonté de l’Afrique de l’Ouest de prendre part activement à la gouvernance mondiale du numérique, non comme spectatrice, mais comme actrice motrice du changement.
Son message résonne comme un appel : faire du digital un levier d’équité, d’autonomie et de transformation durable pour toutes les femmes.
