L’audience en appel du Général Félix Abalo Kadanga, ancien Chef d’état-major général des Forces Armées Togolaises (FAT), n’aura duré que trente minutes ce lundi 10 novembre 2025 à la Cour d’appel de Lomé. Très attendue par les familles, les avocats et les observateurs du secteur de la défense, cette étape judiciaire a finalement débouché sur un nouveau renvoi, fixé au 16 février 2026, en raison de l’indisponibilité de certains acteurs clés du dossier.
Un dispositif sécuritaire strict pour une audience éclair
Dès les premières heures de la matinée, l’atmosphère autour de la Cour d’appel témoignait du caractère sensible de cette affaire : accès filtrés, présence renforcée d’éléments de sécurité, nombreux officiers des FAT, proches du général, juristes et anonymes venus assister à cette audience déterminante.
Dans le box des accusés, le Général Kadanga, figure influente du paysage sécuritaire togolais, se tient droit, silencieux. Le président de la Cour et ses assesseurs prennent place sous un climat lourd, marqué par l’attente.
Quelques instants plus tard, le procureur général annonce, d’une voix brève et sans détail supplémentaire, le renvoi de l’audience : « Pour indisponibilité de certains intervenants essentiels au dossier, la séance est reprogrammée au 16 février 2026. »
Aucun témoin. Aucun débat. Aucun échange contradictoire. La décision tombe comme un couperet.
Une déception palpable dans le public
La salle, pleine à craquer, laisse immédiatement échapper un murmure de frustration. Tension retenue, soupirs, regards échangés. L’audience se résume à quelques minutes de procédure formelle, laissant toutes les parties dans une attente prolongée.
Pour les avocats de la défense, ce nouveau renvoi s’apparente à un prolongement injustifié de la détention de leur client. La procédure, jugée trop lente et entachée de zones d’ombre, revient une nouvelle fois au point mort.
Un rappel des faits : une condamnation lourde et un dossier explosif
Le Général Kadanga a été condamné le 7 novembre 2023 à 20 ans de réclusion criminelle par le Tribunal militaire de Lomé. La justice militaire l’avait reconnu coupable de : complot contre la sûreté intérieure de l’État, complicité d’assassinat, entrave au bon fonctionnement de la justice.
La décision avait été assortie de sanctions supplémentaires : destitution de son grade, condamnation solidaire d’un milliard de francs CFA de dommages et intérêts à l’État, versement d’un franc symbolique à la famille de la victime.
Cette affaire dite affaire Madjoulba est liée à l’assassinat du Commandant Bitala Madjoulba, tué dans son bureau dans la nuit du 3 au 4 mai 2020 au 1er Bataillon d’Intervention Rapide (BIR). Un crime ayant profondément secoué l’institution militaire et exposé des tensions internes rarement dévoilées au public.
Un officier au cœur du dispositif sécuritaire togolais
Avant sa chute, le Général Félix Abalo Kadanga était l’un des hommes les plus puissants du système sécuritaire togolais. Chef d’état-major des FAT jusqu’en décembre 2020, il dirigeait ensuite la Commission nationale de lutte contre la prolifération des armes légères (CNL-PAL) à partir de mars 2021.
Sa carrière, marquée par une influence considérable au sein des forces armées, fait de son procès un dossier hautement sensible, où se mêlent enjeux institutionnels, tensions internes et considérations politiques.
Un procès sous haute tension, entre zones d’ombre et attente
Depuis la condamnation de 2023, les avocats du général Kadanga dénoncent des vices de procédure, des pressions et un manque de preuves directes. Ils espèrent que la Cour d’appel réexaminera le dossier avec rigueur et impartialité, voire accordera une liberté provisoire à leur client qui n’a cessé de clamer son innocence !
Mais ce lundi, aucun débat n’a eu lieu. Aucun élément nouveau n’a été présenté. C’est un silence administratif qui a dominé la salle, laissant le public, les familles et les observateurs face à une nouvelle période d’incertitude.
Une affaire qui continue de secouer l’institution militaire
L’affaire Madjoulba reste l’un des dossiers les plus explosifs de la justice militaire togolaise. Le véritable assassin n’a jamais été clairement identifié. Les enquêtes ont mis au jour des rivalités entre hauts gradés et des failles profondes dans le fonctionnement de certaines structures de commandement.
Dans ce contexte, chaque étape procédurale est observée avec une attention extrême, tant par les forces armées que par l’opinion publique.
Prochain rendez-vous : 16 février 2026, une date décisive
Le renvoi de l’audience au 16 février 2026 prolonge l’attente, mais renforce aussi la pression sur les acteurs judiciaires. Pour la justice togolaise, ce nouveau rendez-vous représentera un moment crucial : celui de clarifier un dossier devenu emblématique, où se croisent enjeux sécuritaires, politiques et institutionnels.
