Le président de la transition malienne, le général Assimi Goïta, a procédé à un profond remaniement au sein des Forces armées maliennes (FAMa). Trois hauts responsables militaires ont été démis de leurs fonctions, à la suite d’un constat jugé “insatisfaisant” sur le terrain, selon le compte rendu du Conseil des ministres tenu ce mercredi à Bamako.
Ce nouveau coup de balai dans la hiérarchie militaire intervient alors que le Mali fait face à une dégradation sécuritaire accrue, marquée par l’offensive persistante des groupes djihadistes du JNIM (Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans, affilié à Al-Qaïda), qui imposent depuis septembre un blocus du carburant autour de Bamako.
Trois généraux remerciés pour manque de résultats
Les officiers concernés par cette décision sont :
-le général Keba Sangaré, ex-chef d’état-major général adjoint des Armées,
-le général Nouhoum Ouattara, ancien directeur de la Sécurité militaire,
-et le général de brigade Harouna Samaké, ex-chef d’état-major de l’Armée de Terre.
Selon une source militaire citée par l’AFP, ces limogeages sont directement liés à “l’insuffisance des résultats sur le terrain et à l’incapacité des services de renseignement à anticiper ou à neutraliser les attaques terroristes”.
“Certains pourraient même faire l’objet de poursuites judiciaires”, confie un officier supérieur sous couvert d’anonymat.
Ce remaniement s’ajoute à une série d’exclusions déjà opérées le 8 octobre dernier, au cours desquelles deux généraux, huit officiers et un sous-officier avaient été radiés de l’armée. Une purge silencieuse qui traduit la volonté du pouvoir de resserrer les rangs face à l’ennemi intérieur.
Une nouvelle équipe militaire pour une guerre prolongée
Le général Goïta a simultanément nommé trois nouveaux chefs pour relancer la dynamique opérationnelle des FAMa :
-Le général de brigade Toumani Koné, désormais chef d’état-major de l’armée de Terre, était jusqu’ici responsable des opérations dans le centre du pays, notamment à Sévaré, et dispose d’une connaissance fine des modes opératoires du JNIM.
-Le général Elisée Jean Dao, promu chef d’état-major général adjoint, est un officier de la garde nationale et ancien ambassadeur du Mali à Libreville puis en Chine, réputé proche du ministre de la Défense.
-Enfin, le général Sambou Minkoro Diakité prend la tête de la Direction de la Sécurité militaire. Lui aussi bénéficie de la confiance du ministre de la Défense et des plus hautes autorités de transition.
Ce changement d’hommes illustre la stratégie d’Assimi Goïta : renforcer la discipline et l’efficacité au sommet de la hiérarchie, alors que les attaques djihadistes se rapprochent de la capitale.
Un pays sous tension, pris à la gorge par un blocus
Depuis le 3 septembre, les groupes armés du JNIM ont mis en place un blocus du carburant autour de Bamako, perturbant gravement les approvisionnements.
Des dizaines de camions-citernes en provenance du Sénégal et de la Côte d’Ivoire ont été incendiés sur les routes, plongeant plusieurs régions dans une pénurie aiguë.
Les stations-service affichent des files d’attente interminables, tandis que certaines entreprises de transport — comme la société Diarra, contrainte d’appliquer les règles imposées par les djihadistes, notamment l’obligation du port du voile pour les passagères — se voient désormais suspendues par le gouvernement.
Cette situation inédite illustre le rapport de force complexe entre l’État malien et les groupes extrémistes, qui cherchent à asphyxier économiquement la capitale tout en imposant leur idéologie sur le terrain.
Une réorganisation à haut risque
Pour le général Assimi Goïta, ce remaniement vise à réaffirmer l’autorité de l’État et restaurer la crédibilité des FAMa, alors que le pays tente de faire face seul à la menace après le retrait des forces onusiennes et françaises.
Mais les observateurs soulignent les limites d’une stratégie fondée sur les changements d’hommes, sans réformes structurelles ni moyens logistiques accrus.
“La question n’est pas seulement celle du commandement, mais celle de la coordination, du renseignement et des ressources”, analyse un expert en sécurité régionale.
Alors que la situation intérieure demeure préoccupante, les partenaires africains et internationaux s’interrogent sur la capacité du régime à stabiliser durablement le pays, dans un contexte où le terrorisme se régionalise et touche désormais les frontières du Sénégal et de la Côte d’Ivoire.
