Une nouvelle ligne vient s’ajouter à la longue liste des atteintes à la liberté de la presse au Togo. Flore Monteau, journaliste française accréditée de la chaîne internationale TV5MONDE, a été interpellée aujourd’hui dans l’exercice de ses fonctions alors qu’elle couvrait une manifestation dans le quartier Agbalépédo, à Lomé. Malgré la présentation de ses pièces justificatives – carte de presse et accréditation délivrée par la HAAC –, elle a été contrainte d’effacer les images filmées, sur ordre des forces de l’ordre.
Ce traitement, de plus en plus courant, reflète une tendance inquiétante à la criminalisation de l’information indépendante. Ce n’est malheureusement pas un cas isolé.
Des interpellations devenues pratiques courantes
Il y a à peine deux mois, Albert Agbeko, directeur de publication du site Togoscoop, avait subi un sort similaire à Tsévié. Alors qu’il filmait une scène d’intervention policière, il fut interpellé, interrogé et sommé d’effacer les contenus captés. Aucune suite officielle, aucune explication cohérente, juste une pression muette mais lourde de sens.
Je me permets ici un témoignage personnel. Le 22 mai 2023, alors que je couvrais le recensement électoral dans la ville de Gléi, j’ai moi-même été interpellé sans motif valable. À Atakpamé, deuxième ville de ma tournée, j’ai été accueilli par deux gendarmes qui ont menacé mon équipe et exigé la suppression de toutes nos images. Mon caméraman a été sommé de “nettoyer” sa carte mémoire sous menace. Grâce à une récupération de données discrète, nous avons pu préserver notre reportage. Mais à quel prix ?
Une mécanique de la peur
L’argument sécuritaire semble être la justification officieuse de ces pratiques : protéger l’ordre public, éviter la diffusion d’images « sensibles », encadrer les narratifs. Mais dans les faits, c’est le journalisme même qui est ciblé, dès lors qu’il sort du cadre officiel ou dérange.
La répétition de ces actes – interpellations, intimidations, confiscations de matériel – envoie un signal clair : il est de plus en plus dangereux d’exercer son métier de journaliste au Togo, surtout sur le terrain, là où l’information brute se construit, là où les regards indépendants deviennent essentiels.
Ce climat, si rien n’est fait pour l’inverser, risque de transformer la couverture médiatique en simple exercice de communication contrôlée. La presse devient alors une façade, un figurant dans une démocratie d’apparence.
Appel à la responsabilité et à la transparence
Il est temps que les autorités togolaises s’expriment clairement : ces dérives sont-elles tolérées, voire encouragées, ou sont-elles le fait d’initiatives isolées de certains agents zélés ? Le silence devient complice, l’inaction devient politique.
Les journalistes ne demandent ni privilèges ni passe-droits. Ils réclament le respect du droit fondamental à informer, protégé par la Constitution togolaise et les conventions internationales. La presse n’est pas l’ennemi. Elle est un pilier, souvent fragile, de la démocratie.
