Plusieurs camions transportant du clinker ont été utilisés pour dissimuler des marchandises frauduleuses, notamment des médicaments non homologués et des substances dangereuses. Après plusieurs interceptions au Burkina Faso, la vigilance des services douaniers togolais apparaît plus que jamais nécessaire.
Le clinker, matériau couramment utilisé dans la fabrication du ciment, serait-il devenu une nouvelle couverture pour les réseaux de fraude transfrontalière ? Plusieurs opérations menées récemment par les Douanes burkinabè mettent en évidence un mode opératoire qui mérite une attention particulière des services de contrôle dans la sous-région, notamment au Togo.
Le 9 octobre 2026, à Ouagadougou, la Direction générale des Douanes du Burkina Faso a présenté une importante saisie réalisée sur le corridor Cinkassé-Ouagadougou. Au total, plus de 1,31 million de comprimés non homologués et 20 400 canettes de boissons alcoolisées ont été interceptés. Les produits étaient dissimulés sous des cargaisons de clinker transportées par trois camions immatriculés au Togo.
Quelques jours plus tard, le 14 octobre, une nouvelle saisie a été présentée par les autorités douanières burkinabè. Cette fois, il s’agissait de 150 000 comprimés de tapentadol dosés à 250 mg, d’une valeur estimée à 295,18 millions de FCFA. Les produits étaient soigneusement dissimulés sous du clinker dans un camion immatriculé au Togo, qui aurait été chargé à Dapaong et devait rejoindre la Côte d’Ivoire en traversant le Burkina Faso.
Le chauffeur, Lamboni Lorimpo, affirme avoir ignoré la véritable nature des colis. Le propriétaire présumé de la marchandise, Issa Koara, aurait, quant à lui, tenté de corrompre les agents des Douanes en leur proposant 2,5 millions de FCFA pour récupérer les produits. Une proposition rejetée par les agents.
Un procédé de dissimulation qui interpelle
Ces différentes interceptions révèlent une méthode particulièrement préoccupante : utiliser une cargaison commerciale ordinaire pour masquer des produits illicites et tenter de contourner les contrôles douaniers.
Au-delà de la fraude sur les marchandises et des pertes potentielles de recettes publiques, les conséquences peuvent être sanitaires. Le tapentadol est un puissant antalgique opioïde dont le mésusage peut entraîner une dépendance, un surdosage et des complications respiratoires graves.
La destination présumée de certains produits vers des circuits de distribution alimentant des sites d’orpaillage en Côte d’Ivoire soulève également des inquiétudes sur l’approvisionnement clandestin en médicaments dans la sous-région.
Les Douanes togolaises appelées à redoubler de vigilance
Sans préjuger de la responsabilité des transporteurs ou des opérateurs économiques concernés, ces affaires constituent un signal d’alerte pour les services douaniers togolais.
Le fait que plusieurs véhicules immatriculés au Togo soient concernés par ces saisies au Burkina Faso, dont un camion chargé à Dapaong, invite à une attention accrue sur les circuits de transport et les opérations de transit vers les pays voisins.
Il apparaît notamment nécessaire de renforcer les contrôles ciblés des cargaisons suspectes, de procéder à des vérifications approfondies lorsque les circonstances le justifient et de consolider la coopération entre les administrations douanières de la sous-région.
La traçabilité des marchandises, l’identification des expéditeurs et des destinataires ainsi que le suivi des itinéraires empruntés constituent également des leviers importants pour détecter les réseaux qui exploitent les corridors commerciaux à des fins illicites.
Le Togo, en raison de sa position de carrefour commercial et logistique en Afrique de l’Ouest, est particulièrement concerné par ces enjeux.
Il ne s’agit pas de jeter le discrédit sur le transport routier ou les opérateurs économiques togolais, mais d’empêcher que les infrastructures et les circuits commerciaux du pays servent de relais à des réseaux de trafic.
Face à l’ingéniosité des fraudeurs, la vigilance douanière ne doit connaître aucun relâchement.
